HISTOIRE DU CHÂTEAU

Une histoire méconnue

Si le château de Bissy n’a, à ce jour, fait l’objet d’aucune étude détaillée, il est pourtant possible de subdiviser son histoire en 3 périodes :

-Une période médiévale, des origines jusque vers les années 1500

-Une deuxième période, du début 16e jusqu’au début 17e siècle, en rapport avec Pontus de Tyard.

-Une dernière période allant du milieu du 17e siècle à nos jours.

Le période médiévale

Grâce à la tour dite de « la panneterie », nous pouvons aborder une chronologie. Une datation homogène par dendrochronologie des poutres insérées dans les murs (donc peu soupçonnables de modification ou de réemploi) s’approche des années 1300. Elle montre que cette tour constitue l’un des éléments les plus anciens du château. Sa structure fait penser à une tour porche, qui était sans doute l’accès initial depuis la Basse Cour. Cet élément typique des maisons fortes est très cohérent avec le qualitatif parfois relevé pour Bissy de « maison forte à usage de défense ». En effet de telles maisons fortes fleurirent entre le 13e et le 14e siècle partout en Bourgogne. D’après cette hypothèse il est possible d’imaginer une petite enceinte fortifiée de plan carré intégrant cet accès du côté sud. Il est probable qu’une maison forte et ses seigneurs préexistaient à l’arrivée des Thiard (famille alors très présente à St Gengoux le Royal et dans le nord du comté du Mâconnais). Une première mention de ceux-ci à Bissy se réfère au mariage en 1350 de Claude de Thiard (écuyer à St Gengoux) avec Françoise de Bissy. Si l’on ne peut être certain qu’il était alors seigneur de Bissy, son petit fils, Claude II , l’est assurément, puisqu’il est déclaré seigneur par Jean sans Peur en 1415.

Entre la fin du 13e au début du 16e, la modeste maison forte des origines a subi maintes modifications, avec le souci d’accroître ses moyens de défense. Ainsi, la grande tour en fer à cheval, côté chemin, semble plus tardive (vers 1400 ?). Cette tour, dite ‘tour de la prison’, (puisqu’elle abritait à son niveau 1 un cabinet du même nom), est talutée à sa base, pourvue d’archère et de bretèche. Sa défense fut encore renforcée ultérieurement par le percement à son niveau -1, côté chemin, de bouches à feu, destinées à de petits canons. Il semble vraisemblable qu’existait alors une cour carrée avec, à chaque angle, des tours de défense, des courtines les reliant et, adossés et contre celles-ci, des communs et un corps de logis (ce dernier probablement à l’emplacement actuel). Si les gros merlons qui coiffent les murs sud sont des restaurations « romantiques « du 19e, on peut cependant discerner la trace d’authentiques créneaux, de l’autre coté de la porte, témoins de ces anciennes courtines avec chemin de ronde. Des fortifications des côtés nord et est, il ne restait déjà plus rien au 16e siècle. Ces démolitions furent-elles volontaires à une époque où elles devenaient inutiles, voire encombrantes ? D’autant que l’on a pu ainsi agrandir la haute cour du côté nord et repousser les communs vers l’est. Ou bien s’agit-il de conséquences de destructions pour cause de guerre si l’on remarque que côté chemin, se trouvent les traces d’une grande brèche dans la « tour carrée » ici un carré irrégulier, et que l’on garde en mémoire que la guerre de cent ans, avec tout son cortège d’écorcheurs et autres vicissitudes, n’est pas éloignée.

deuxième période : au temps de pontus de tyard

Jean II, le père de Pontus, est lieutenant général au bailliage du Mâconnais en 1513 (par François 1er) et marié avec Jeanne de Ganay. Le couple a d’ailleurs une résidence à Mâcon. Jean fait aveu pour le Roi en 1539.

Concernant « la maison forte de Bissy en tant que place et forteresse, où il y a trois tours dont une servant de colombier » on est en droit de penser que l’essentiel des fortifications était alors démoli et que le site était prêt pour un nouvel aménagement.

Le corps de logis est totalement remanié en une fois, comme l’attestent les datations par dendrochronologie des poutres et des planchers. Les bois témoignent d’un abattage des années 1549/1550, et ils ont du être immédiatement mis en œuvre, comme c’était généralement le cas.

La tourelle adjacente à la façade Est abrite le grand escalier à vis et est typique du 16e siècle. L’étude des modénatures de cette tourelle, des cheminées et des fenêtres à croisées, est typique des tailles de pierre du début au milieu du 16e siècle. Selon cette étude et si l’on peut remarquer une timide influence de la Renaissance sur la porte de la tourelle d’escalier, l’ensemble est à l’image des fenêtres qui sont à la fin, presque au delà du style, dans des contours adoucis, et témoignent vers le milieu du 16e siècle de la résistance du ‘gothique bourguignon’ à la grammaire de la Renaissance. 

En visitant l’intérieur, on découvre quatre grandes « chambres «  (8, 10 + 1er étage) avec leurs cheminées et des cabinets les desservant. Celle située au sud et au niveau zéro a été qualifiée de « Salle ». Son plafond fut restauré lors d’un chantier d’insertion au printemps 2008, et elle semble – avec celle du niveau un à son aplomb – avoir eu une importance particulière. Nous avons en effet trouvé, outre leur exposition, pour la salle, un texte la mentionnant comme lieu de justice et une communication avec la chapelle castrale, et pour les deux niveaux, des communications par le petit escalier à vis accolé à la tour carrée. Des communications directes avec cette tour furent condamnées. En 1636, dans cette tour, un inventaire fait mention de la petite chambre de Monsieur à son niveau zéro et de celle de Madame de Lantenay (la belle sœur de Pontus de Tyard) à son niveau un. Les plafonds des chambres hautes n’existent pratiquement plus. Certains anciens témoignages parlent de plafonds à caisson. Peut-être est-ce à ce niveau qu’il conviendrait d’en rechercher des traces?

Le cadre de vie de Pontus de Tyard évoque donc un château familial encore très médiéval, mais dont les décorations sobres et soignées devaient lui donner un aspect beaucoup plus accueillant.

Dans la Cour intérieure, on peut remarquer une curieuse tourelle aménagée en pigeonnier. Celle-ci, à l’aplomb de la chapelle, s’élève sur une base carrée ; cette particularité architecturale et la proximité de la chapelle et du logis peuvent faire envisager 2 hypothèses ; soit on l’envisage comme une construction plus récente et comme « volière » ou plûtot comme un premier colombier, resté en place lors de la construction du logis actuel.

En laissant de côté la tour de la panneterie et ses accès murés, on arrive à la grande porte cintrée qui lui a succédé. Celle-ci a pu être percée dans un souci d’ostentation. Elle comporte un assommoir, accessible par un chemin de ronde. Cette porte était soigneusement enduite et l’on trouve trace des mêmes faux joints que dans le logis, ce qui confirme son existence au milieu du 16e. On trouve mention de réparations sur cette porte en 1639. C’est peut être la conséquence de la prise du château par une troupe de ligueurs en 1591. Pontus était alors évêque de Chalon et vivait la plupart du temps dans son château familial de Bragny-sur-Saône. Héliodore, son neveu, était à cette époque le seigneur de Bissy et tenait pour le roi la place forte de Verdun.

Par cette porte, nous pénétrons dans la Basse Cour. Celle-ci était encore enceinte de murailles à la veille de la Révolution. On trouve mention que les seigneurs y tenaient un auditoire de justice. Ceux-ci avaient également « le droit de signe patibulaire élevé à deux colonnes ou piliers de pierre placé dans un lieu-dit le haut de Champagne proches des terres appelé communément la justice… » (limite sud de la seigneurie, face à la châtellenie de Saint Gengoux). Leur droit de haut justicier leur a également permis d’élever un grand colombier en pied. Il possède 745 boulins, chacun d’eux abritant alors un couple de pigeons. On fait en général correspondre un arpent de terre possédée en propre par un seigneur à chaque boulin (un arpent pouvait varier entre un tiers et un demi hectare).

Il nous reste à parler du terrain clos de hauts murs et qui surplombe le château et son jardin. Son nom «  la garenne » fait référence aux chasses des seigneurs. Des dénombrements y mentionnent des vignes, des vergers, un bois de chêne …ce qui semble correspondre à l’antique ‘réserve seigneuriale’, terre exploitée par les seigneurs en propre. Une partie est encore boisée aujourd’hui ; on la retrouve souvent mentionnée «  derrière la maison » dans divers états.

troisième période : du 17ème siècle à nos jours

A partir du milieu du 17e siècle, les Thiard vont délaisser leur château de Bissy pour des résidences plus confortables et plus en rapport avec leur nouvelle puissance – comme par exemple le château Pierre de Bresse – tout en gardant le titre de seigneur de Bissy. A la mort du dernier comte de Bissy en 1852, le château de Bissy sera vendu et définitivement reconverti en ferme de rapport avec ses bâtiments agricoles, en gardant par contre le corps de logis, où seront logés les fermiers et plus tard les métayers, sans trop de transformations radicales. Les communs actuels datent probablement de cette époque.

En pénétrant dans l’enceinte du château par la porte Nord, on aperçoit tout de suite sur la gauche ces grands bâtiments agricoles, qui ont servi jusque dans les années 1950. Des états des lieux de la fin du 18e mentionnent déjà des écuries à bœufs & à chevaux, granges, fenils, pressoir… Ces bâtiments furent adaptés en fonction des besoins économiques. Ainsi, à la fin du 19e, on créera la grande cave actuelle, avec au-dessus un cuvage, qui abrite un nouveau pressoir. Et c’est probablement à l’apogée de la culture de la vigne à Bissy (avant la première guerre mondiale) que l’on va même aller jusqu’à recreuser des caves dans d’anciennes écuries….

Pour traverser rapidement le temps et arriver à l’époque contemporaine, rappelons que la famille Laurent, devenue par alliance, Levasseur de Fernehem de Bournonville, propriétaire du château, lui évitera la ruine. Le château fut habité constamment par des fermiers jusqu’à la seconde guerre mondiale. Puis son occupation fut épisodique. Et en 2001, la famille propriétaire du château en fit l’apport pour 30 ans à notre association.

A droite du corps de logis, le fournier abrite un four à pain dont la restauration du toit en laves est actuellement en cours ; d’autres solutions de couverture sont à l’étude.