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APPEL A CANDIDATURES pour le projet des 12 fables de fleuves ou fontaines

Dans la peau d’un artiste du 16éme siècle.
Vous êtes artiste Bourguignon ou Franc Comtois, femme ou homme, un groupe ou un collectif.
Vous êtes céramiste, dessinateur (de BD ou non), grapheur, graphiste, graveur, illustrateur, peintre, photographe, plasticien, potier, sculpteur, vidéaste, vitrier, sans étiquette, connu ou inconnu, sans limite d’âge, etc

Ce projet est fait pour vous.
Plongez dans la période de la Renaissance avec Pontus de Tyard. De nos jours, Pontus de Tyard est surtout connu comme poète de la Pléiade. Mais il fut avant tout un homme polymathe : poète, et aussi musicien, homme d’Eglise et homme de sciences.

Il traversa les guerres de religion dans un esprit de tolérance et incarne l’idéal humaniste de la Renaissance.Né en 1521 au château de Bissy-sur-Fley (entre Chalon-sur-Sâone et Cluny). Il possédait dans ce château une des plus belles bibliothèques connues durant la Renaissance.
• Relevez le défi qu’il vous propose dans son livre daté de 1586 : «DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes»
• Devenez l’un des 12 artistes à participer à une exposition  de l’Association Renaissance du château de Pontus de Tyard qui organise ce projet pour célébrer le 500 ème anniversaire de sa naissance dans son château de Bissy-sur-Fley en Saône et Loire, avec le soutien de France Mémoire – Institut de France dans le cadre des 50   grandes commémorations nationales :

https://www.institutdefrance.fr/printemps-1521-naissance-de-pontus-de-tyard-notice/

• Découvrez ci-après l’appel à candidatures, le cahier des charges et ses annexes ainsi que le document original et sa transcription en français contemporain du livre «DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes». Prenez le temps d’une lecture approfondie avant d’adresser vos candidatures et l’ensemble des documents demandés avant le 10 avril 2021 à l’adresse suivante : [email protected]
Un jury se réunira pour choisir les 12 artistes retenus et vous serez tenus informés de sa décision.

Association « Renaissance du château Pontus de Tyard » Bissy-sur-Fley Projet Pontus de Tyard 2021
Mise en œuvre du projet des «DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes»
Appel à candidatures
1/ Préambule
L’Association Renaissance du château de Pontus de Tyard (ci-dessous dénommée l’Association) créée en 2001
a pour objectif de restaurer et animer le château dans le respect de son histoire et de son environnement en  proposant des animations et expositions ayant un lien avec Pontus de Tyard et la Renaissance.
Dans le cadre de la célébration des 500 ans de la naissance de Pontus de Tyard en 2021 , il est envisagé de mettre en avant l’oeuvre et le personnage illustre, au travers de nombreuses activités organisées à Bissy sur-Fley, en Saône et Loire et plus généralement en Bourgogne, et avec la vision d’élargir cet hommage dans plusieurs lieux « Renaissance » en France. Savant, encyclopédiste, homme d’église, poète (membre de la Pléiade), Pontus de Tyard est un personnage illustre né en 1521 au château de Bissy-sur-Fley (entre Chalon-sur-Sâone et Cluny). Il possédait dans ce château une des plus belles bibliothèques connues durant la Renaissance. Le projet ci-après se propose d’initier un dialogue entre deux époques et de réaliser cette confrontation et cet échange à partir d’un livre écrit par Pontus de Tyard en 1586 (jamais réédité) décrivant comment réaliser en peinture « douze fables de fleuves ou fontaines avec la description pour les peintures et les épigrammes». A ce jour on ne trouve pas trace d’œuvres peintes ayant suivi ces recommandations. D’aucuns pensent que si des œuvres ont été réalisées elles ont pu être exposées au château d’Anet de Diane de Poitiers, et puis auraient disparues lors d’un incendie. Mais aucune trace concrète de ces œuvres ne persiste à ce jour.
2/ Objectif
Prenant en considération les écrits de Pontus de Tyard ci-dessus mentionnés, et mettant en avant l’aspect innovant de cette initiative, l’objectif spécifique consiste à – réaliser concrètement le projet de Pontus de Tyard (« douze fables de fleuves ou fontaines avec la description pour les peintures et les épigrammes») en faisant appel à plusieurs  artistes contemporains de sa région d’origine (la Bourgogne Franche-Comté), en créant un lien artistique et mémoriel entre Renaissance et époque contemporaine.
3/ Calendrier
12 artistes (ou collectifs), ci-après dénommé l’Artiste, sont sélectionnés par un jury spécialisé mis en place par l’Association dans le courant du 1er trimestre 2021. Un tirage au sort par le jury permettra d’attribuer à chaque Artiste, l’un des textes des « DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes »avec pour instruction d’interpréter artistiquement le contenu et  d’en produire une  représentation originale conforme au cahier des charges du projet.

4/ Cadre juridique
En 2021 et à partir de la confirmation par l’Association de la sélection de l’Artiste, un contrat d’exécution pour l’année 2021 est signé entre les 2 parties.Ce contrat spécifie les engagements réciproques de l’Association et de l’Artiste.
L’Artiste devra disposer d’un numéro SIRET et/ou MDA ou Agessa lui permettant d’émettre des factures.
Conformément au contenu du contrat, l’Artiste s’engage à réaliser un ensemble de travaux préparatoires dont une sélection sera acquise par l’Association en vue d’une exposition organisée au château durant les mois d’août et septembre 2021. Une somme de 500 euros sera attribuée à chaque artiste sélectionné pour la réalisation de cette phase.
L’Association procède alors au versement de la somme indiquée dans le contrat pour la réalisation des
travaux préparatoires.

5/ Candidature
Les artistes adresseront leurs candidatures, avant le 10 avril 2021par mail, avec pour objet « DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES » à l’adresse mail suivante : [email protected]
Les dossiers de candidature, au format PDF, doivent être intitulés « NOMDUCANDIDAT-Projet 2021 ».Les
dossiers ne doivent pas excéder 20Mo, et ne pas être téléchargeables sur serveur à l’exception des fichiers vidéo(aucun WeTransfer ne sera accepté).
Les dossiers de candidatures comprendront :
• Un curriculum vitae à jour avec n° SIRET et n° d’ordre MDA,
• Une présentation de travaux réalisés comportant des visuels,
• Une note d’intention présentant les motivations et des indications sur l’approche envisagée(en lien avec les recommandations du cahier des charges) pour la réalisation de l’oeuvre (technique mise en oeuvre, médium, etc).
Chaque candidat recevra une réponse par mail au début du mois de mai 2021. En raison du grand nombre de
dossiers de candidature attendus, le jury ne sera pas en mesure d’apporter à chacun des précisions sur le
motif de refus de sa candidature.
6/ Propriété des œuvres
L’Association deviendra propriétaire des travaux préparatoires . Conformément au contrat d’exécution et de ses annexes, l’Artiste cède à l’Association, à titre gracieux et exclusif, les droits de représentation et de reproduction afférents aux travaux préparatoires . L’Association devient responsable de leur conservation et s’engage à les exposer dans le château dans une salle dédiée et éventuellement dans d’autres lieux. Elle ne peut les détruire ou les modifier (porter atteinte à leur intégrité) sans l’autorisation de l’Artiste ou de ses ayants-droits. L’Association envisage l’édition d’un catalogue, d’un film vidéo et tout autre action permettant de conserver une trace du travail effectué et de rendre l’expérience transférable.
7/ Eléments d’information
Pour mieux connaître Pontus de Tyard et son œuvre, il est possible d’aller sur le site de l’Institut de France qui a inscrit l’anniversaire de la 500 ème année de sa naissance dans ses 50 commémorations pour 2021.
https://www.institutdefrance.fr/printemps-1521-naissance-de-pontus-de-tyard-notice/
Le cahier des charges et ses annexes ainsi que le texte original et sa transcription en français contemporain de
« DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes »,
sont disponibles un peu plus bas sur ce site .
Attention: Contexte sanitaire covid 19 : Etant donné le contexte actuel et la difficulté à prévoir ce qui en résultera, nous demandons aux candidats de bien vouloir prendre en compte la possibilité d’un report des dates.

#500ans/Pontus de Tyard/2021           La Renaissance d’un savant poète
Action : Réaliser concrètement le projet de Pontus de Tyard sur la Poésie et la Peinture les «DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes»

Suite à un appel à candidatures, l’association « Renaissance du château de Pontus de Tyard »(ci-après appelé, l’ASSOCIATION) passe commande auprès de 12 artistes ou collectifs d’artistes (ci-après appelé l’Artiste) originaires de la région Bourgogne Franche-Comté, de productions d’œuvres répondant à un cahier des charges présenté ci-après.

En 2021, les artistes sélectionnés réaliseront des travaux préparatoires qui serviront de base à la mise en place d’une exposition installée au château durant les mois d’août et septembre. En 2022, une phase 2 du  projet pourra éventuellement être mise en oeuvre.
Annexe 1
CAHIER DES CHARGES POUR LES ARTISTES :
• Chaque Artiste sélectionné se verra attribuer après tirage au sort, l’un des textes des «DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes» avec pour instruction d’interpréter artistiquement le contenu et d’en produire une représentation originale conforme au cahier des charges du projet.
• L’ASSOCIATION acquerra les travaux préparatoires en 2021 en vue de les exposer de manière permanente au château de Bissy-sur-Fley ou/et de les exposer dans d’autres lieux susceptibles de les accueillir de manière  temporaire.
• A la suite des résultats de l’appel d’offres, un contrat d’exécution pour 2021 (annexe 2) rappelant les conditions de mise en œuvre du cahier des charges sera signé entre l’Artiste et le représentant officiel de l’ASSOCIATION, ainsi qu’une fiche technique (annexe 3) et un contrat relatif aux droits d’auteur (annexe 4).

• Pour la réalisation des travaux préparatoires en 2021 l’œuvre, une somme de 500 euros sera attribuée à chaque Artiste sélectionné à la suite des résultats de l’appel à projet, sur présentation d’une facture correspondante. Cette somme inclut toutes les dépenses liées à la réalisation des travaux préparatoires, à la rémunération de l’Artiste et au transport jusqu’au château de Bissy-sur-Fley en vue d’une exposition en août et septembre 2021. Les travaux préparatoires seront mis à disposition de l’ASSOCIATION avant le 15 juillet 2021. Si nécessaire l’Association en accord avec l’Artiste pourra effectuer une sélection de travaux en vue de l’exposition.

• Chaque œuvre (réalisée en une pièce ou plusieurs) devra être de dimensions totales comprises entre :
largeur: de 1m à 1,20m, hauteur: de 1,20 à 1, 60m. (cela n’exclut pas le format carré)
• Chaque œuvre  devra être « accrochable, décrochable et transportable ».
• Les médiums utilisés par l’Artiste devront permettre de répondre aux conditions indiquées ci-dessus.
• L’Artiste s’engage à participer à une résidence préalable au démarrage du projet en compagnie d’experts de l’œuvre de Pontus de Tyard et des autres lauréats de l’appel à projet. Cette résidence (éventuellement réalisée par vidéo-conférence si les conditions sanitaires l’exigent) permettra d’approfondir la connaissance de l’œuvre et de son auteur, d’exposer quelques idées préliminaires à la réalisation de l’œuvre et d’attribuer à chaque artiste, après tirage au sort, l’un des 12 textes de base.
• L’Artiste s’engage à participer au vernissage de l’exposition prévue le (date à préciser)
Annexe 2
CONTRAT D’EXECUTION pour 2021
1. L’artiste (auteur ou auteure) , ou sa représentante ou son représentant autorisé-e :
Adresse :
Téléphone
Courriel :
N° de SIRET :
N° Maison Des Artistes :
S’il y a lieu, faisant affaires sous le nom ou la raison sociale de : …………………ci-après nommée ou nommé ” l’ARTISTE”
2. et l’association Renaissance du Château de Pontus de Tyard,
Adresse :
Téléphone
Courriel
N° de SIRET :
Forme juridique : `
ci-après nommée ” l’ASSOCIATION” ici représentée par son Président ……………………….. qui se déclare dûment autorisé à ce faire.
LES PARTIES CONVIENNENT DE CE QUI SUIT:
3. Objet du contrat : L’ARTISTE cède pour une somme de 500 euros à l’ASSOCIATION, les travaux préparatoires de l’oeuvre dont le titre est indexé au présent contrat. Ceux-ci répondent aux critères d’un cahier des charges transmis à l’ARTISTE suite à sa désignation.
4. L’ARTISTE, titulaire des droits d’auteur sur les ŒUVRES (comme défini dans le contrat sur les droits d’auteur, annexé à ce présent contrat), cède définitivement ses droits de représentation publique, d’exposition, de reproduction et de communication publique au profit de l’ASSOCIATION,.
5. L’ARTISTE membre d’une société civile de perception et de répartition de droits d’auteur certifie à l’ASSOCIATION qu’elle ou il peut conclure le présent contrat et qu’elle ou il sera en mesure d’établir des factures. S’il y a lieu, nom et coordonnées de la Société civile de perception et de répartition de droits d’auteur (rayez les mentions inutiles): ADAGP, SAIF, SCAM, Autres
6. Type d’exposition : Exposition de groupe (nombre d’artistes : 12)
7. Promotion et vernissage : L’ASSOCIATION s’engage à promouvoir, à ses frais, l’exposition selon son programme habituel de promotion et à fournir à l’ARTISTE au moins un exemplaire de chaque support de communication.
8. A des fins de promotion, l’ARTISTE fournira à l’ASSOCIATION au plus tard le 15 juillet 2021:
– un curriculum vitae mis à jour
– un texte décrivant sa démarche artistique
– une liste présentant un descriptif précis des travaux préparatoires (matériaux, dimensions, titre
éventuel)
9. L’ARTISTE accepte qu’une exposition des travaux préliminaires puisse être organisée par l’ASSOCIATION durant les mois d’août et septembre 2021.
10.L’ASSOCIATION s’engage à organiser un vernissage pour la promotion de l’exposition, le (date à préciser).
11.Remise des travaux préliminaires. L’ARTISTE tiendra à la disposition de l’ASSOCIATION les travaux préparatoires destinés à l’exposition au moins 15 jours avant la date prévue pour le début de l’exposition.
12.Installation. La présentation des travaux préliminaires relève de l’entière responsabilité de l’ASSOCIATION. L’ASSOCIATION se charge de son installation.
13.Si l’ARTISTE en fait la demande, l’ASSOCIATION ne pourra pas s’opposer à ce que l’ARTISTE soit présent lors de l’installation ou qu’il procède lui-même à l’installation de toutes ou d’une partie de ses œuvres.
14.L’ARTISTE accepte qu’un reportage photo/vidéo soit effectué tout au long de la période de réalisation des travaux préparatoires et de l’ŒUVRE et donne l’autorisation à l’ASSOCIATION d’utiliser son image en vue d’une diffusion ultérieure du-dit reportage par quelque voie que ce soit. (Il est prévu entre autre que les visiteurs de l’exposition puissent éventuellement accéder à ce reportage via une diffusion sur place, une application téléchargeable et/ou un site internet).
15.En tant que propriétaire des travaux préparatoires, L’ASSOCIATION est responsable de leur garde et de leur conservation. L’ASSOCIATION s’engage envers l’ARTISTE à conserver et à entretenir ces travaux préparatoires , en suivant s’il y a lieu les instructions particulières de l’ARTISTE précisées à l’annexe ” 2 “, et à les préserver de toute détérioration autre que celle causée par l’usure normale.
16.Dans l’éventualité où l’ARTISTE ne serait pas en mesure de livrer les travaux préparatoires (sauf cas de force majeure) dans les délais exigés par le présent contrat et donc de ne pas permettre la présence de ceux-ci lors de l’exposition initiale, l’ARTISTE s’engage à reverser à l’ASSOCIATION toutes les sommes perçues et éventuellement le versement de dommages et intérêts.
17.Les parties déclarent que le présent contrat contient l’intégralité de l’accord passé entre elles et qu’il ne pourra être modifié, en partie ou en entier, que par un accord écrit portant la signature de chacune des parties.
18.Le contrat est formé lorsque l’ARTISTE et l’ASSOCIATION l’ont signé et qu’un exemplaire est remis à chaque partie. Le contrat prend fin lorsque toutes les obligations qui en découlent sont remplies.
19.Le contrat sur les droits d’auteur joint aux présentes fait partie intégrante du contrat et doit être
dûment rempli et signé par les parties. Les autres annexes jointes aux présentes font également
partie intégrante du contrat.
20.La nullité de l’une ou l’autre des dispositions contenues aux présentes n’a pas pour effet d’annuler le contrat.
21.Le présent contrat est régi et interprété par les lois françaises en vigueur au moment de la signature.
22.Tout litige découlant de l’interprétation et de l’application de ce contrat relève de la loi française et de la compétence des tribunaux, après épuisement des recours amiables.
EN FOI DE QUOI LES PARTIES ONT SIGNÉ EN DEUX (2) ORIGINAUX ET DECLARENT AVOIR RECU LA
FICHE TECHNIQUE DE L’EXPOSITION (ANNEXE 3), AINSI QUE LE CONTRAT RELATIF AUX DROITS
D’AUTEUR (ANNEXE 4) , QUI FONT PARTIE INTEGRANTE DU CONTRAT.
L’ARTISTE :                                                                                                                   L’ASSOCIATION :
À Bissy-sur-Fley, le

DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, AVEC la description pour la Peinture & les Epigrammes 
Gérard Mayen a réalisé une première transcription en français contemporain du texte original de Pontus de Tyard,
Claus-Peter Haverkamp et Maryannick Lanozière ont relu, corrigé et finalisé cette version.
Le texte original est disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) à la page
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1350835.image

A PARIS,
chez Jean Richer, rue Saint Jean de Latran, à l’enseigne de l’arbre Verdoyant, 1586
AVEC PRIVILEGE DU ROY A PONTUS DE TYARD, SEIGNEUR de Bissy, Evêque de Chalon.
Monsieur, vous ne serez pas marri si j’ai entrepris de faire imprimer ce papier que je pris il y a environ deux mois, en votre étude à Bragny, et lequel vous enviiez trop avarement au public, et sous si faibles excuses, que je ne les ai pu
ni du prendre en payement : car quant à votre âge et profession trop dissemblables à écrits de telle étoffe que mettez en avant, cela n’a rien de commun à l’âgeni à la saison auxquels vous les fîtes, d’autant que ce fut en un temps où l’on le pouvait appeler un très honnête et louable exercice, à savoir il y a environ trente ans, lorsque l’on accommodait cette superbe maison d’Anet, qui a pris son plus grand lustre de vos belles inventions, dont aucuns se sont emparés, et en ont emporté la gloire à bon marché. Recevez-le donc comme vôtre, et ne le désavouez pas: car je m’assure qu’il ne fera point de honte à vos autres écrits, et que la France me saura gré de mon honnête larcin. Vous priant  humblement croire, que sans cette assurance je n’eus pris la hardiesse de le mettre en lumière à votre insu, comme celui qui ne voudrait rien faire qui vous fut désagréable, et qui demeurera à jamais Votre humble et obéissant serviteur
TABOUROT,
De Paris ce jour de Toussaint 1585.
:
DOUZE FABLES DE FLEUVES OU FONTAINES, avec la description pour la Peinture, et les Epigrammes : Tirées d’Homère, d’Ovide, de Diodore, de Pausanias, de Plutarque et autres anciens Auteurs.
PREMIÈRE FABLE DU FLEUVE CLYTORIE, qui a force de désenivrer.
Semelé, fille de Cadmus Roy de Thèbes, étant enceinte, fut sollicitée par Junon, sous la semblance de Beroë nourrice de Semelé, d’expérimenter si celui qui l’avait engrossée était Jupiter : La preuve devait être, d’impétrer [obtenir] de
lui, qu’il vint coucher avec elle, en même façon qu’il couchait avec Junon sa femme. La simple Semelé se fait octroyer cette faveur à Jupiter : Et ne pouvant souffrir la foudroyante violence de ce Dieu (car Jupiter ne caresse sa
femme qu’en foudre et tonnerre) fut brûlée par la tempête. A sa mort elle accoucha de Bacchus : lequel une nymphe, nommée Clytorie, secourut du feu, et éteignant avec ses larmes la flamme qui environnait le petit Bacchus, fut
transformée et fondue en fleuve de son nom, qui depuis éteint la force du vin, comme le vin trouvé par Bacchus, participe encore de la naturelle ardeur du feu.
Description pour la peinture :
Sera peinte une Semelé foudroyée et mourante dedans un feu tombant du Ciel. Et en la haute région de l’air un Jupiter, qui remontant au ciel, jetterait un piteux regard sur elle. Auprès de Semelé serait Clytorie à demi  transformée en fleuve : et entre ses bras serait le petit Bacchus, en partie encore enveloppé de feu, et en partie de feu éteint, selon que les larmes de Clytorie seraient versées sur lui.
Epigramme du fleuve Clytorie :
Dans un feu foudroyé d’une tempête obscure,
Pour caresse amoureuse indignement cherchée,
La simple Semelé de Bacchus accouchée,
De la plus aigre mort reçut la peine dure :
Mais du petit enfant la divine nature
(Divine et qui ne peut de mort être approchée)
De ce feu sans dommage et mollement léchée,
Lui laissant quelque part de sa force et pointure.
Au piteux accident Clytorie arriva,
Qui secourant le Dieu, de larmes le lava,
Eteignant à l’entour, la vive flamme empreinte.
Il est encore ardent à qui sans eau l’éprouve :
Elle, fondant en pleurs, de son nom fait un fleuve,
Qui rend l’ardeur du vin pour enivrer, éteinte.
SECONDE FABLE DE LA FONTAINE D’ANDRE, qui a force d’enivrer.
Bacchus ayant pris port en l’Ile d’Andros, marchait par l’Ile en ses Bachanales processions, accompagné des femmes Baches ou Bachantes, de Satyres, de Comus Dieu des festins et de Silène. Silène avait tant travaillé son Ane, que l’Ane ayant soif et voyant le ruisseau d’une fontaine, s’alla jeter dedans, malgré Silène qui se laissa choir dedans l’eau. Là accoururent quelques satyres, et Baches, qui en riant et moquant, tirèrent le vieil ivrogne dehors. A cette risée
survint Bachus, ordonnant pour mémoire de l’inconvénient de Silène, que jamais bétail ne s’abreuverait en cette fontaine. Laquelle ayant goût de vin, enivrerait tout homme qui en boirait.
Description pour la peinture:
Il faudrait peindre l’Ile Andros en l’archipel d’assez large étendue, en laquelle se verrait Silène mascharé [sali] et tout barbouillé , de telle façon, que ceux qui ont mangé de la vendange : une femme ainsi barbouillée que Silène, et vêtue
d’une peau de chevreuil ou de faon de biche, ayant son Thyrse auprès d’elle, et un satyre, l’aidant, tireraient hors du ruisseau d’une fontaine voisine, le vieux Silène, en se moquant de lui. Quelques Satyres courraient après l’âne de Silène pour le reprendre. Assez près de là, serait Comus, peint jeune, sans barbe, gras et de couleur rouge, telle que d’un homme qui boit trop de vin : et des yeux clignants comme d’un qui s’endort, car tel le décrit Philostrate. Joignant Comus serait Bacchus couronné d’un chapeau de figuier, de vigne et de lierre : avec son Thyrse en la main gauche, et de la droite haussée, ferait un signe de promesse : à l’entour de lui serait une troupe de femmes Bachantes, et de Satyres tous encontenancés d’ivrognerie, et armés de Thyrses. Le Thyrse est un bâton comme une javeline, ayant le bout d’en haut en figure de pomme de pin, la pointe contremont,et tout couvert de lierre.
Epigramme de la Fontaine d’André:
En l’Ile André et Denis, Denis le libre Père,
Que le pampre, le lierre, et le figuier couronne,
De Satyres dansant grand nombre l’environne,
Avec Come le gras, le dieu de bonne chère.
Silène est sur son âne, et le presse, et l’altère,
L’âne voit là auprès un ruisseau qui bouillonne :
Il s’avance et pour boire au trot dedans il donne :
Silène choit dans l’eau se dépite et colère.
Une Bacche riante avec un Satyre
Le vieillard tout honteux hors du ruisseau retire :
Père (jure Bacchus) par les eaux stygiales
Jamais aucun bétail ici ne viendra boire :
Cette eau s’y fait vineuse, et d’elle en ta mémoire
S’enivrent les dévots de mes saintes Bacchanales.
TROISIEME FABLE DU FLEUVE SELEMNE qui efface la passion d’Amour.
Argire, nymphe marine enamourée d’un jeune pasteur [pâtre], nommé Selemne, sortit hors de la mer, et vint avec lui cueillir les fruits de l’Amour. Peu de temps après, qu’il ne lui sembla plus beau, elle se désaccoutuma de le favoriser, dont lui impatient d’Amour se laissa mourir, et fut, mourant, transformé en un fleuve, auquel Vénus donna vertu de faire oublier l’Amour à ceux qui tourmentés de cette passion, se viendraient laver dedans.
Description de la Peinture:
Argire, Nymphe marine, serait peinte assise sur un Dauphin assez près du rivage de la mer : et accompagnée d’un Triton, duquel, au rapport de Pausanias en sa Boétie, la figure est telle : Il a la tête chevelue et de couleur telles que les Grenouilles palustres : le nez ainsi qu’un homme, mais la bouche plus grande, et les dents comme une bête brute : Il a sous les oreilles des branches ou petits ailerons comme les poissons, et les yeux de couleur entre le bleu et le vert : Il a des mains, et les ongles des doigts sont faits en petites coquilles : le reste du corps finissant en forme menue et grêle, est revêtu d’une écaille âpre, comme l’Angelot de mer : dessous le ventre il a au lieu de pieds, une queue comme un Dauphin. Argire donc riant comme par moquerie, montrerait au Triton, Selemne mort, et presque transformé en fleuve, auprès duquel paîsserait un troupeau de bœufs et d’autre bétail
Epigramme du fleuve Selemne:
En cette fleur des ans qu’une toison dorée,
Le menton et la joue à Silemne frisait,
Quant aux pâtis herbus ses bœufs il conduisait,
De mainte Nymphe fut sa beauté désirée.
La Nymphe Argire en fut plus qu’autre énamourée :
Et sortant de la mer, avec lui se plaisait,
Où des faveurs d’Amour telle part lui faisait,
Que la liberté fut au pauvret empirée.
Elle éteint (l’inconstante) en peu de temps sa flamme
Quand de plus en plus le pauvret la sent croître en son âme :
Elle ingrate se rit de ce dont il soupire.
Lui en fin soûl d’aimer, de vivre aussi se soule (1) :
Et pour l’oubli d’Amour, Venus en l’eau s’écoule
Qui lave et qui éteint tout amoureux martyre.
(1) soul = las ; se soule = se lasse
QUATRIEME FABLE DE LA FONTAINE Callirhoe, qui engendre le réciproque Amour.
L’un des prêtres de Denis Calydonien, nommé Coresus, énamouré d’une vierge nommée Callirhoe, et ne voyant espoir de quelque heureuse issue de son amour, à cause de l’inimitié qu’elle lui portait, recourut pour dernier refuge à son Dieu, devant lequel prosterné, il se plaignit en requérant quelqu’aide à son malheur. Denis à la prière de son prêtre, envoya sur son peuple Calydonien une si grande et misérable maladie, qu’ils étaient tous élangourés [alanguis], et comme gens ivres, transportés d’esprit : De quoi étonnés ils envoyèrent en Dodone (2), où
certaines colombes répondaient de dessus un chêne sacré, de toutes choses dont elles étaient interrogées. Ils eurent réponse de l’Oracle, que cette calamité ne prendrait fin, avant qu’on eut sacrifié à Denis la vierge Callirhoe, ou quelqu’un qui volontairement se voudrait offrir à sa place. A ce conseil on prend Callirhoe, (qui ne trouvant parent ou ami qui voulut se faire sacrifier en son lieu) fut liée et agencée comme les victimes qu’on doit mener à l’autel pour y être tuées. Mais quand elle fut conduite au lieu du sacrifice, Corese (duquel l’office était d’exécuter le sacrifice, et d’immoler la Vierge) ému d’horreur et d’amour, aima mieux mourir, que de sa main ôter la vie à celle qu’il aimait tant extrêmement. Donc il voulut lui faire preuve combien était grande son amitié, et se tua soimême pour victime et oblation à son Dieu, satisfaisant à l’Oracle, rachetant la vie de sa maitresse : et apaisant son Dieu, restitua aux Calydoniens la santé perdue. Mais Callirhoe, voyant tant assuré le témoignage de l’amitié de Corese
mourant pour elle, d’une repentance de la rigueur passée, et d’une pitié de triste fin d’amour, voulut par sa mort accompagner celui, lequel vivant elle avait dédaigné et fui. Elle se tua auprès d’une fontaine, qui depuis fut appelée de son nom : ayant vertu de faire aimer ceux qui sont aimés et d’engendrer amour réciproque et mutuelle. Le nom Callirhoe a grande affinité à Fontainebleau (3).
(2) Lieu célèbre pour son oracle
(3) Le nom grec Callirhoeressemble au français
« fontaine de belle eau »
Description pour la Peinture:
Quelques Calydoniens seraient en attente de l’Oracle Dodonéen : Il faudrait pour le représenter, qu’en un endroit et en perspective de vue lointaine fût peinte une forêt de chênes, au plus visible endroit de laquelle serait un chêne
élevé plus que les autres, et sur lequel la colombe prophète de couleur blanche serait posée sur une branche, et devant le dit chêne (auquel il y aurait quelques couronnes pendues) les Calydoniens écoutant l’oracle. En un autre endroit et en vue plus rapprochée, se verrait en la plus haute marche d’un autel (sur lequel serait l’image du Dieu Bacchus) Corese Prêtre blessé du couteau des sacrifices et essayant de se jeter dans le feu préparé : Au bas et assez près de l’autel, se verrait Callirhoe blessée, qui d’un œil mourant regarderait Corese : le sang d’elle coulerait jusque dans la fontaine portant son nom. Et elle serait couronnée d’une couronne Bachique, c’est à dire de pampre, de lierre et de figuier. Et aurait en ceinture et en écharpe, et aux bras des cordes de lierre et de pampre : là autour se tiendraient une troupe de Calydoniens et Calydoniennes, en diverses contenances [attitudes] de personnes qui
s’émerveillent.
Epigramme de la fontaine Callirhoe :
Bachus persécutait toute la Calydonne,
D’un étourdissement et d’esprit et de tête :
Le peuple va chercher la Colombe Prophète
Qui répond à chacun sur le chêne en Dodone.
Il faut (répond l’oiseau) que Callirhoe on donne
Offrande pour Bachus à sa première fête,
Si elle ne peut trouver qui sa vie lui prête,
Et pour la racheter en son lieu s’abandonne.
Corese qui sentait pour elle un feu dans l’âme,
Pour elle sur l’autel s’offre en la sainte flamme,
Elle se fait (mais tard) piteuse de cruelle :
Et tâchant par la mort reconnaître sa peine,
Son sang avec son nom laisse en cette fontaine,
Qui peut faire allumer une amour mutuelle.
CINQUIEME FABLE DU FLEUVE PHASIS qui assure les jaloux.
Phebus étant en Scythie eut un fils, nommé Phasis, d’une jeune fille nommée Ocyroe : Laquelle, Phasis devenu grand, et chaste observateur de la continence, rencontra [se fit surprendre] en adultère. Alors Phasis dépité et déplaisant du péché de sa mère, ne pouvant réfréner sa colère, la tua, puis d’un soudain regret se noya dedans un fleuve proche, appelé Arcture : tirant la dénomination de l’Etoile qui est entre les jambes de Bootes, constellation septentrionale. Et depuis ce temps, ce fleuve retint le nom de Phasis, dedans lequel croît une plante nommée Leucophile : laquelle les maris jaloux cueillent au commencement du Printemps, et la mettent dans leurs lits, pour faire contenir leurs femmes en loyauté conjugale.
Description pour la peinture:
Il faudrait peindre un paysage hivernal et en un quartier de vue lointaine, faire Phebus avec Ocyroe : et auprès d’eux leur petit fils Phasis. Ailleurs en vue plus rapprochée serait Ocyroe, morte du coup de quelque glaive, et celui qui aurait été surpris avec elle, fuyant et se sauvant à cachette : puis assez près serait Phasis se précipitant en un fleuve parmi lequel se pourrait voir une plante ayant les feuilles blanches, éparse et croissant par le fleuve, comme les joncs
par nos rivières : cette peinture pourrait être nocturne. Et on représenterait la face du Ciel aux régions de la plus Septentrionale élévation, ayant l’étoile Polaire verticale, et les autres étoiles des Ourses et autres figures Septentrionales, peintes selon leurs grandeurs et constitutions, qui aurait bonne grâce, et ne serait sans témoignage de belle industrie.
Epigramme du fleuve Phasis:
En cette Région, où la froide ceinture,
Se trace au bord du Ciel, par l’Ourse plus haussée,
Phebus sentit Amour ardoire [brûler] en sa pensée,
Pour la belle Ocyroe auprès du fleuve Arcture.
Leur fils Phasis déjà grand, mais de chaste nature,
D’un adultère bras voit sa mère embrassée,
Dont d’un glaive vengeur l’ayant morte laissée,
Il choisit en Arcture et mort et sépulture.
Depuis du nom Phasis est appelé ce fleuve,
Où le chaste arbrisseau Leucophile se trouve,
Remède à jalousie en un froid cœur tombée.
Car quiconque au Printemps en son lit cachera
Cette plante trempée en Phasis, trouvera
Que jamais sa Venus ne sera dérobée.
SIXIEME FABLE DU FLEUVE ARAXE, OU SE prouve si la fille est vierge.
Araxe, Roy d’Arménie, faisant la guerre aux Perses, fut averti par un oracle, que pour avoir victoire de ses ennemis, il était nécessaire qu’il sacrifiât deux vierges de noble race, aux Dieux Apotropoees, qui chassaient les malheurs et
infortunes, parmi lesquels se trouvaient Jupiter, Apollon et Hercule. Araxe pour ne pas perdre le moyen donné par cet avertissement, ne voulant toutefois (selon la naturelle affection du père aux enfants) faire mourir deux siennes filles vierges : fit prendre les deux filles de Mnesalce, homme riche et d’une des plus anciennes maisons d’Arménie, et les sacrifia. Chose que Mnesalce porta fort impatiemment, dissimulant néanmoins son indignation, jusqu’à un jour, où voyant sa commodité, il exécute sur les deux filles du Roy, pareille cruauté que les siennes avaient soufferte. De quoi Araxe averti, et abattu de courage en tant soudaine, et non espérée calamité, s’alla noyer dans un fleuve nommé Alme, qui depuis fut, pour ce fait, appelé Araxe. Mais les Dieux le transformèrent en une herbe, que ceux du pays nomment Araxe, c’est à dire ennemie des vierges : car si une vierge la cueille, soudain elle devient sèche et fanée, perdant sa naïve verdeur entre les mains de la vierge.
Description pour la Peinture:
En un temple devant un autel, sur lequel serait le simulacre d’Hercule, le Roy Araxe assisterait au sacrifice, qui se ferait de deux vierges. En un autre endroit se verrait Mnesalce, tuant l’une des filles du Roy et l’autre qui serait déjà
morte et brûlante en un feu. Puis en vue rapprochée se verrait Araxe dans un fleuve, en partie transformé en herbe comme les pieds et l’un des bras, à la discrétion du peintre.
Epigramme du fleuve Araxe :
De l’oracle douteux Araxe trop crédule,
Deux vierges d’Arménie immole en sacrifice,
Les brûlant sur l’autel, pour se rendre propice
Le Dieu Apotropoee, et chasse-mal Hercule.
Mnesalce Père aux deux sœurs l’outrage dissimule,
Jusqu’à ce que vengeant le cruel maléfice,
Les deux filles d’Araxe en semblable supplice
Il tue: et les corps morts en un pareil feu brûlent.
Araxe impatient (4) de sa calamité,
Au fleuve de son nom, hors d’espoir s’est jeté :
Tourné en l’herbe Araxe : de vierges preuve (5) étrange
Car si l’herbe est cueillie et de la main tenue
D’une par qui Venus n’aura été connue,
Soudain elle se fane et sa verdure change.
(4) impatient = ne pouvant supporter
(5) preuve = épreuve : l’herbe araxe est un test
de virginité

SEPTIEME FABLE DU FLEUVE INDE OU VIENT la pierre qui conserve les Vierges  contre la violence des ravisseurs.
Cependant que l’on célébrait les secrets mystères de Bacchus, et que tout le peuple était attentif en dévotion, un jeune homme nommé Inde, rencontrant à propos Damalcide, (fille du Roy Oxialce) la força et en fit son plaisir. Le Roy avertit de cet outrage, fit poursuite du jeune insolent, qui fuyant pour se sauver, essaya de passer le fleuve Mausol. Mais étant las et débile, tant de peur, que de la fuite précédente, il ne put gagner le courant de l’eau, et se
noyant en ce fleuve (qui depuis eut le nom d’Inde) fut transformé en une pierre de telle puissance, que toute vierge qui la porte sur soi, ne peut être aucunement forcée.
Description pour la peinture :
Faudrait peindre les solennités et sacrifices de Bacchus, ce qui se ferait en représentant les Bachans, accoutrés de Nébrides, c’est à dire de vêtements de peau de faon de biche ou chevreuil, et portant leurs Thyrses, et encontenancés
à bouches ouvertes, comme pour crier. Quelques jeunes filles porteraient des paniers ou couffins, couverts : et se pourrait peindre les prêtres, embesognés autour de quelques vases remplis de miel, les autres de lait et les autres de
vin : et les autres tenant des chevreaux et des boucs, selon les anciennes cérémonies des sacrifices de Bacchus : En un autre endroit serait Damalcide, laquelle Inde forcerait : ou si cette acte était estimé mal séant, pour être
représenté en la peinture de ce lieu, faudrait peindre Damalcide, prosternée à genoux devant le Roy Oxialce son père, auquel elle ferait sa doléance. Oxialce ferait un signe de commandement à quelques hommes armés d’arcs et de flèches, ou autres armes barbares : et cette troupe suivrait le jeune Inde, qui se verrait précipité, et se noyant dans le fleuve, duquel le cours serait représenté raide et violent : et Inde se transformant en pierre.
Epigramme du fleuve Inde:
Cependant que Bacchus retient l’âme ententive [attentive] Du peuple qui se trompe en dévote mensonge :
Le jeune Inde, éteignant une ardeur qui le ronge,
Rend à son chaud vouloir Damalcide captive.
Du vieux Père Oxialce une troupe hâtive
Poursuit le ravisseur: qui le pas vite allonge,
Et enfin dans Mausol, de peur se jette au plonge,
Quand il se sent faillir la vitesse fuitive.
Lors le fleuve Mausol le nom d’Inde retint,
Et le jeune amoureux forme de pierre print [prit],
Mourant sa faible force, au cours de l’eau trop roide [raide].
Cette pierre, l’honneur des vierges tient en garde,
Et l’impudique vouloir ralentit et retarde,
Rendant des ravisseurs la vigueur molle et froide.
HUITIEME FABLE DE LA FONTAINE DE Narcisse, dans laquelle si un amoureux se mire,
il reçoit allégeance.
Narcisse fut amoureux d’une sienne sœur, qui avait été née avec lui d’une même ventrée, et qui le ressemblait si vivement, qu’aucunes choses ne ressemblait plus à une autre. Mais elle mourut au temps qu’il en était le plus passionné : et que l’amour en eux était réciproque. Dont conduit presque au désespoir, il s’écarta de toute compagnie, et un jour s’asseyant auprès d’une fontaine, vit son image en l’eau tranquille : lors pensant voir l’image de sa sœur aimée, il se sentit allégé de quelque partie de sa douleur. Mais ne voulant abandonner la fontaine,
il y mourut : et lors la fontaine nommée de son nom, prit cette vertu, qu’un amoureux passionné s’y allant mirer, sent quelque allègement de son martyre.
Description pour la peinture:
Faudrait peindre une jeune fille morte, toute ressemblante à Narcisse : et faudrait qu’en un paysage solitaire et écarté, Narcisse fut couché auprès d’une fontaine, en laquelle son image se représenterait, comme dans un miroir : il
serait peint avec un visage mourant. Ainsi sa sœur, son image, et lui seraient tous semblables.
Epigramme de la fontaine de Narcisse:
Narcisse aime sa sœur, sa chère sœur jumelle,
Sa sœur aussi pour lui brûle d’ardeur extrême :
L’un en l’autre se sent être un second soi-même,
Ce qu’elle veut pour lui, il veut aussi pour elle.
De semblable beauté est cette couple belle,
Et semblable est le feu qui fait que l’un l’autre aime,
Mais la soeur est première à qui la Parque blême
Ferme les jeunes yeux d’une nuit éternelle.
Narcisse en l’eau se voit, y pensant voir sa sœur :
Cette pensée le repaît d’une vaine douceur,
Qui coulée en son cœur, lui amoindrit sa peine.
De lui son nom retint l’amoureuse fontaine,
Dans laquelle reçoit, quiconque aimant s’y mire,
Quelque douce allégeance à l’amoureux martyre.
NEUVIEME FABLE DU FLEUVE SALMACE, QUI fait les Hermaphrodites.
Hermaphrodite fils de Mercure et de Vénus, desquels il porte le nom, était auprès du fleuve Salmace : dedans lequel ordinairement demeurait une Nymphe, de même nom que le fleuve. Cette Nymphe énamourée d’Hermaphrodite, et le trouvant rebours et dédaigneux à l’amour, se cacha, épiant la commodité pour le surprendre. Le jeune  Hermaphrodite ne se doutant de rien, se dépouilla, et nu entra dans le fleuve, pour se baigner : là accourut Salmace, et l’embrassant essaya de l’inciter à lui donner plaisir, mais ce fut en vain. Elle donc le tenant embrassé, impétra [obtint] des Dieux qu’elle ne fut jamais séparée de lui : et furent si conjoints, que leurs deux corps assemblés devinrent un. Alors Hermaphrodite, par une autre requête impétra [obtint] de Vénus, que quiconque
entrerait en ce fleuve, devint composé des deux sexes, tels que sont en ce temps les Hermaphrodites.
Description de la Peinture:
Faudrait que dedans un fleuve, sur le bord duquel seraient les vêtements d’Hermaphrodite, une Nymphe nue tint le dit Hermaphrodite embrassé, et Hermaphrodite essayant de lui échapper et de se défaire d’elle : leurs deux
corps seraient (comme un commencement de transformation) déjà joints ensemble, comme s’ils n’étaient qu’un, bien que la tête, les bras, et les jambes fussent encore séparés. Vénus et Mercure se verraient en quelque image par
l’air, qui, comme parlant ensemble, regarderaient cette métamorphose.
Epigramme de Salmace:
A peine avait seize ans, de la belle Vénus
Et du Cyllénien la jeune et chère race :
Quand, au temps que Phébus son plus long chemin trace,
Dans un fleuve il voulut baigner ses membres nus.
Mes souhaits (dit Salmace) ores sont advenus,
Ce disant elle court, entre en l’eau et l’embrasse,
La peur saisit le cœur, et la honte la face
D’Hermaphrodite, qui n’a les feux d’Amour connus.
Plus la Nymphe l’étreint, plus d’échapper il tache,
Dea (dit elle) fâcheux, donc ma beauté te fâche,
Si faut il qu’à jamais ton corps au mien s’assemble.
Soit ainsi (dit Vénus) mais aussi vrai sera
Que quiconque en ton fleuve, Ô Salmace entrera,
Aura, comme vous deux, les deux sexes ensemble.

DIXIEME FABLE DU FLEUVE CHRYSOROAS, dedans lequel se trouve l’or.
Assez vulgaire (6) est la fable d’Apollon, qui étant banni du Ciel, et suspendu de sa divinité pour neuf ans, parce qu’il avait tué les Cyclopes, garda les bœufs d’Admète Roy de Thessalie, auprès du fleuve Amphrise. Pendant ce temps
Apathippe devint amoureuse de lui, et en eut un fils, nommé Chios, qui (comme par contagion de la misère en laquelle son père vivait au temps de sa naissance) fut pauvre et tant nécessiteux, qu’il s’adonna au larcin, tellement qu’il fut surpris une fois dérobant le trésor de Crésus. Ceux de la garde lui coururent après : mais il était fort et dispos, et tout chargé qu’il était courut longuement : enfin, voyant qu’il approchait le danger d’être pris, il se jeta dans un fleuve, avec son or : dont le fleuve prit son nom, dedans lequel depuis s’est toujours trouvé de l’or abondamment.
(6) vulgaire = bien connue
Description de la peinture :
L’on pourrait peindre le Dieu Apollon gardant les bœufs sur le rivage d’un fleuve : et auprès de lui Apathippe, avec son fils Chios. En un autre endroit de vue plus rapproché, serait le palais de Crésus montré comme quelque magnifique et superbe édifice, auquel se verrait une ouverture, comme une porte ou une muraille rompue, au dedans de laquelle se représenterait de l’or en monceaux, et un Roi accompagné d’hommes, au devant de l’ouverture ferait signe, comme d’un commandement, pour faire prendre Chios qui serait suivi à la file, de plusieurs hommes courants : et faudrait qu’il fût chargé d’or, à la discrétion du peintre tombant dedans le fleuve, parmi l’eau duquel l’or se verrait roulant.
Epigramme du fleuve Chrysoroas:
Apollon suspendu de sa divinité,
D’Apathippe, qui fut de son amour éprise,
Gardant les bœufs d’Admete au rivage d’Amphrise,
Eut Chios héritier de sa mendicité (7)
Chios, pour se bannir de la nécessité (8),
Dessus l’or de Crésus conçoit une entreprise :
Mais en l’exécutant sa malice est surprise,
Dont il fuit, s’assurant de sa légèreté.
Comme il fuit chargé d’or d’une vitesse prompte,
Que déjà il se voit choir en la peine et la honte,
S’il ne devance tôt la suite qui le presse.
Pour se sauver il perd avec soi son or
Dedans Chrysoroas : qui va roulant encore
En son fond les monceaux de la pâle richesse.
(7) pauvreté (8) misère

ONZIEME FABLE DU  FLEUVE STRYMON, QUI console les désolés.
Durant le siège de Troye, Dolo, jeune Troyen entreprit de sortir, et aller voir la contenance des Grecs : mais il fut surpris par Diomède et Ulysse, auxquels (pensant sauver sa vie par ce moyen) il déclara beaucoup des affaires de
Troyens, même comme l’endroit auquel était logé Rhesus, jeune Roy de Thrace, leur serait accessible, et facile à surprendre. Diomède, après avoir appris tous ces avertissements, tua Dolon : et avec Ulysse alla surprendre Rhesus en son quartier, et le tua en dormant. Strymon fils de Mars et de Helice, averti de la mort de Rhesus, duquel il était compagnon et ami entièrement, porta cette nouvelle avec tant d’impatience, qu’il s’alla noyer dedans un fleuve, auparavant nommé Palestin. Les Dieux le transformèrent en une pierre appelée Pausilype, qui efface toute sollicitude : ce que signifie le mot [grec] παυσίλυπος.
Description pour la peinture:
La ville de Troye serait peinte, et le camp des Grecs proche de la mer, avec grand nombre de nefs (bateaux) : Dolon vêtu d’une peau de loup (comme le décrit Homère), et portant un arc sur ses épaules, et la tête couverte d’un
morion crêté d’un furon (9), ou autre semblable bestiau, serait entre Ulysse et Diomède, en contenance d’homme étonné, et demandant merci [pitié] : et Diomède lui donnerait un coup de coutelas sur le col. En un autre endroit se
verrait Diomède parmi des chevaux et des chariots, et des hommes couchés, desquels certains seraient morts de coups d’épée. Ulysse tirerait un mort par les jambes à quartier, comme l’ôtant du chemin, par crainte que les chevaux, lesquels ils voulait emmener, n’eussent peur. Diomède couperait la gorge à Rhésus, endormi entre ses chevaux blancs. Ailleurs serait peint un fleuve dedans lequel se noierait Strymon, déjà se transformant en pierre: qui est Pausilype.
(9) casque surmonté d’un furet
Epigramme du fleuve Strymon:
De l’espion Troyen la mal-caute (10) malice
Fit tuer en dormant le jeune Roy de Thrace,
Quand par le sang d’autrui, il veut impétrer (11) grâce,
Du vaillant Diomède et du prudent Ulysse.
Strymon le fils de Mars et de la belle Helice,
Ennuyé pour la mort de l’Eienne (12) race,
Cherchant quelque secours que son grand deuil efface,
S’élance en Palestin d’un mortel précipice.
Du fleuve Palestin lors se changea le nom,
En retenant celui du désolé Strymon,
Qui, noyé, s’endurait en pierre émerveillable.
Pour sa rare vertu Pausylipe on la nomme,
Car mise dans la main du plus désolé homme,
Elle peut consoler un deuil inconsolable.
(10) imprudente (11) obtenir
(12) Selon Homère, Rhésus est fils d’Eionnéé,
race veut donc dire descendance

DOUZIEME FABLE DU LAVATOIRE (13) D’ISIS, qui sert d’assurance contre les larves (14), malins esprits, et chiens aboyant.
Garmathone, Reine d’Egypte, pleurant son fils Chrysoroas, mort en sa première jeunesse, émut tellement la Déesse Isis à pitié, pour lui avoir été dévote et officieuse, qu’aux prières de la Déesse, le Dieu Osiris descendit aux enfers, pour aller quérir Chrysoroas : mais à son arrivée les ombres infernales s’esmeurant [s’émouvant], et Cerbère aboya si horriblement, que Garmathone éperdue de peur, recourut à Isis, l’invoquant à son aide : alors Isis la fit descendre dedans son lavatoire, qui efface toute peur et tout danger des larves, malins esprits et chiens hurlant et aboyant. Cette fable est autrement récitée, Que Nilus mari de Garmathone, de peur aux cris de Cerbère s’alla noyer dedans le Nil, lui donnant son nom, et que dedans le Nil se trouve une pierre en façon d’une fève, qui a la vertu que j’ai dite au lavatoire. Toutefois en quelque sorte que la fable s’écrive, il n’y a pas grande différence, car le Nil est consacré à Isis. Mais le lavatoire me semble plus propre à ce lieu, parce qu’Isis, d’après les Théologiens d’Egypte, n’est autre chose que la Lune, comme la peinture montrera.
(13) lavatoire = bassin pour les ablutions (14) larves
= génies malfaisants
Description de la peinture:
Faudrait peindre à l’entrée d’un enfer Poétique (tel que l’ont décrit Virgile et les autres Poètes) Osiris qui serait vêtu d’une robe longue blanche, et autour de
sa tête quelques rayons solaires car les Egyptiens l’estimaient être le Soleil. Il serait assez près de Cerbère, chien a trois têtes, selon la vulgaire description, représenté aboyant à gueule ouverte. En un autre endroit serait représenté un temple d’Isis, qui se pourrait faire par une perspective à ligne visuelle de front [face], et basses diagonales de la maison d’Anet, pourvu que le peintre ajoutât à la porte quelques têtes de lions ayant les gueules ouvertes, selon la superstition des Egyptiens. Et ainsi par la porte se pourrait voir le dedans d’une partie du temple, sur le pavé duquel serait écrit ceci : Meum peplum nullus mortalium retexit (15), ou en grec : τον έμον πέπλον ούδεις των θνητων άπεκάλυψεν : car cette inscription est tirée de ce qui était écrit sur le pavé du temple d’Isis en Egypte. Auprès du temple se verrait un Lavatoire, tel que celui même d’Anet, dedans lequel Garmathone Reine Egyptienne descendrait, guidée par Isis vêtue d’une longue robe, comme celle d’Osiris : excepté qu’elle serait peinte de diverses couleurs, comme blanc, bleu, rouge, et surtout de noir, selon qu’elle est décrite par les anciens : je suis toutefois d’avis (et me semble l’avoir lu en bon auteur) qu’Isis se peut vêtir de couleur blanche et noire, ou d’une longue étole ou robe
blanche, et d’une noire plus courte en façon de surplis qui serait sur la blanche. Elle doit avoir en haut du front, un croissant : Car Isis représente la Lune comme Osiris représente le Soleil. Au reste, la vertu du Lavatoire est assez
commodément rapportée à ce lieu.
(15) Aucun mortel n’a soulevé mon vêtement
Epigramme du lavatoire d’Isis :
La sainte Lune Isis, son Soleil amiable,
Osiris, par pitié fit aux Enfers descendre
Trouver Chrysoroas, le tirer et le rendre
A Garmathon plaignant d’un deuil inconsolable.
Osiris y descend : Cerbère épouvantable
Jusques en terre fait ses hurlements entendre :
Dont une froide peur Garmathon vint surprendre,
S’écriant, Ô Isis, soyez moi secourable.
Viens (dit Isis) descends dedans mon Lavatoire,
Et ne crains les horreurs de la région noire,
Pendant que tu auras ma faveur opportune :
Ne crains jamais ici ni les larmes ombreuses
Ni des malins esprits les faces ténébreuses,
Ni les chiens aboyant vainement à la Lune.

Date

avril 30

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